La guerre commerciale lancée par Donald Trump a gravi un nouvel échelon. Le président américain a annoncé mercredi 2 avril, jour baptisé par ses soins «Liberation Day», une nouvelle salve de taxes douanières au barème plutôt incompréhensible, dont 31% sur les exportations suisses. Soit bien plus que les produits de l'Union européenne, taxés «que» à hauteur de 20%.
Les marchandises suisses seront ainsi frappées de droits de douane additionnels de 10% à partir du 5 avril, puis de 21% supplémentaires dès le 9 avril. Ces taxes touchent des produits d’exportation comme les machines, les montres et les produits agroalimentaires mais pas les produits pharmaceutiques.
Situation conjoncturelle déjà très tendue
Selon une première analyse, tous les produits de l’industrie tech suisse qui ne sont pas déjà touchés par les droits de douane de 25% appliqués sur les produits en aluminium et en acier seront soumis à un droit de douane de 31%. Pour les sous-traitants automobiles, le taux est de 25%.
Un coup de massue «incompréhensible et arbitraire», estime Philippe Cordonier, responsable de Swissmem pour la Suisse romande. L'association faîtière de l'industrie des machines, des équipements électriques et des métaux rappelle que cette mesure touche très durement ces branches dans une situation conjoncturelle déjà tendue. Les PME de l'industrie tech suisse se trouvent déjà dans une situation difficile, après de nombreux mois de baisse des ventes.
«Les PME qui n’ont pas de site de production aux États-Unis sont particulièrement mises à l’épreuve: si leurs produits ne sont pas indispensables, elles risquent de perdre un important marché. Swissmem s'attend à une réduction massive des exportations de biens de l’industrie tech vers les États-Unis.»
Près de 15% des exportations aux Etats-Unis
Les États-Unis sont le deuxième plus grand marché pour l'économie suisse après l’UE, qui représente 55%. L’année dernière, les exportations vers les États-Unis se sont élevées à 10,1 milliards de francs suisses, ce qui représente une part d’exportation de près de 15%.
Jeudi, le Conseil fédéral déclarait qu'il allait analyser en détail les mesures et leurs implications. Sans qu'aucune mesure de rétorsion ne soit prévue pour l’instant. Une réaction jugée plutôt décevante par Philippe Cordonier, qui rappelle toutefois que 85% des exportations de biens suisses sont destinées à d’autres marchés.
«Le marché principal qu’est l’UE reste au premier plan, mais l’accent est aussi et surtout à mettre sur les marchés émergents comme l’Inde, l’Amérique du Sud, l’Asie du Sud-Est et la Chine. De plus, les investissements dans l’innovation prennent encore plus d’importance. Seuls de meilleurs produits et une efficacité accrue permettront aux entreprises de regagner en compétitivité.»