Il faisait froid le mardi 1er avril 1975 lorsque 500 activistes ont envahi le site de Kaiseraugst, près de Bâle, où il était prévu de construire une centrale nucléaire. Par cette action illégale, ils ont empêché que les travaux d'excavation, commencés par surprise le 24 mars, puissent se poursuivre après le week-end de Pâques.

Cette occupation, qui a duré onze semaines, a marqué le début du mouvement antinucléaire en Suisse. Après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl en avril 1986, les milieux politiques suisses ont compris que la construction d'une nouvelle centrale ne pouvait pas être imposée et le projet a été enterré à l'automne 1988.

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Plutôt actif que radioactif

La «Gewaltfreie Aktion Kaiseraugst» (GAK, «Action non-violente Kaiseraugst») avait annoncé son action deux jours avant l'occupation avec le slogan «plutôt actif aujourd'hui que radioactif demain». L'effet de surprise a fonctionné. Les travaux ont été stoppés provisoirement.

Les autorités argoviennes ont donné l'ordre aux occupants de lever le camp, mais ils sont restés onze semaines sur le site. Les activistes ont trouvé un large soutien dans la région bâloise. Le premier dimanche de l'occupation, près de 15'000 personnes sont venues à Kaiseraugst pour manifester, malgré la neige, le froid et un terrain boueux.

Des milliers d'habitants de la région se sont engagés dans des initiatives citoyennes contre la centrale. Des centaines d'activistes étaient présents en permanence sur le site. Des paysans et des ouvriers ont mis du matériel à disposition pour construire des cabanes. Les occupants recevaient lait, eau, nourriture et gâteaux.

Soutien politique des deux Bâle

Les activistes ont aussi été soutenus au niveau politique. Les parlements cantonaux de Bâle-Ville et Bâle-Campagne ont affirmé leur opposition au projet de nouvelle centrale à Kaiseraugst.

Le 11 juin 1975, une assemblée générale rassemblant près de 3000 personnes a décidé de mettre fin à l'occupation du site. La police n'est jamais intervenue.

La centrale de Kaiseraugst n'a finalement existé que sur le papier. Pourtant, le Conseil des Etats en 1983 et le Conseil national en 1985 se sont prononcés en faveur de la construction de la centrale. La catastrophe nucléaire de Tchernobyl en avril 1986 a eu un impact politique énorme et le projet de Kaiseraugst a finalement été abandonné en 1988.

Moratoire

En 1990, le peuple suisse a accepté en votation un moratoire de dix ans sur la construction d'une nouvelle centrale. La dernière à avoir été réalisée est celle de Leibstadt (AG). Elle a été connectée au réseau en décembre 1984. La centrale de Mühleberg (BE) a été définitivement arrêtée le 20 décembre 2019, après 47 ans d'exploitation.

Le 21 mai 2017, six ans après la catastrophe nucléaire de Fukushima, le peuple suisse a approuvé à 58,2 % la nouvelle Stratégie énergétique 2050 qui prévoit une sortie progressive du nucléaire. Le débat sur le nucléaire a été relancé en 2024 par le camp bourgeois et l'initiative «de l'électricité pour tous en tout temps (Stop au blackout)». Le Conseil fédéral s'est aussi déclaré favorable à lever l'interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires.