Jusqu’à 15 ans, on dit à nos enfants: «Soyez sages!» Après 15 ans, on dit à nos enfants: «Soyez stages!» Je sais, c’est nul comme gag. Mais il faut me comprendre, c’est une tentative désespérée de rigoler à propos d’un sujet désespérant. Parce que votre boulot de parent, c’est de les protéger, de les nourrir, de les aimer (beaucoup), de les éduquer (un minimum), de les obliger à ranger leur chambre, à faire leurs devoirs, de leur apprendre à ne pas se mettre en danger et à ne pas faire de mal aux autres. Déjà, c’est hyper-impactant, comme on dit aujourd’hui. Mais personne ne vous prévient qu’il faudra en plus les aider à trouver des p*** de stages.

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Définition: «Le stage est une activité lucrative à caractère formateur. Il permet d’accumuler une expérience pratique et il est limité dans le temps.» Ok ok ok, on va te trouver ça mon chéri. Ça commence lorsqu’ils sont au cycle d’orientation, il faut dénicher une semaine d’observation quelque part, c’est déjà le cauchemar. Et on ne peut même pas en vouloir aux entreprises, les employés sont essorés, on bosse à l’os (ça rime), tout le monde baisse la tête en entendant la phrase: «On a un stagiaire, qui peut le prendre en charge?» Car cela signifie se retrouver à trimbaler à côté de soi un ado souvent lymphatique (c’est le prénom), qui prend la forme de la chaise dans laquelle on l’installe, qui garde ses écouteurs et mate son tél. H24. Lorsque l’on travaille dans le tertiaire, ce qui consiste à passer neuf heures par jour sur un ordinateur, les journées peuvent être particulièrement longues. D’autant plus que si ça se trouve, on est soi-même en stress pour trouver un stage à son propre enfant, haha (c’est nerveux). Résultat des courses, on supplie à genoux les copains, la famille, les gens qui nous doivent un truc, prêt à abandonner toute dignité pour un piston, et le gosse se retrouve nepo baby à porter les cafés ou juste à glander en attendant 18 heures, avec un rapport louangeur à la fin, parce que tout le monde met des croix dans les bonnes cases pour se débarrasser du truc, ouf!

Mais ça, c’est l’apéro, les amis. Car ensuite il y a les «vrais» stages. Pendant les études universitaires, ou après, quand on cherche un job. Censément rémunérés, les stages. Et censément formateurs. Avec une pression monstre sur le jeune adulte, car, à chaque entretien d’embauche, on lui posera la question rituelle: «Qu’avez-vous fait comme stages?» Au pluriel, parce que, évidemment, il est recommandé d’en avoir effectué plusieurs. Le problème, c’est que c’est comme le chanteur devant le hit-parade et la radio à l’époque: «Il faut faire quoi pour être dans le hit-parade? – Ben il faut passer à la radio! – Et il faut faire quoi pour passer à la radio? – Ben il faut être dans le hit-parade!» Là pareil, on vous refuse car vous n’avez pas d’expérience. «Ah et il faut faire quoi pour avoir de l’expérience? – Ben il faut faire des stages. – Et il faut faire quoi pour obtenir un stage? – Ben il faut avoir de l’expérience!»

Parfois, je vous jure que c’est vrai, il y a, pour un stage de deux mois et malgré un CV blindé, cinq rounds d’entretiens et d’examens, avec le responsable du service, les RH, un chatbot + un examen technique ou de langue en passant, il faut postuler une année à l’avance et se préparer (énorme business, car il faut payer plein de formations au passage), tout ça pour ne pas être pris parce que ce sera sûrement le fils de quelqu’un, misère.

Bon, admettons que sur un malentendu on finisse par décrocher le graal. Il y a de nombreux risques: avoir un patron Thénardier qui vous traite comme un esclave, être payé au lance-pierres, quand on est payé, parce que des fois on est juste, sommet de dégueulasserie, «défrayé» pour un boulot à plein temps, n’avoir aucun encadrement et stabuler désœuvré dans l’open space, subir des humiliations, voire du harcèlement, se coltiner des classements de dossiers inutiles juste parce que ça forme le caractère et entendre des «moi aussi j’en ai bavé au début». Le fils d’une connaissance s’est retrouvé dans un service de l’Etat, il a été accueilli à la première minute par: «On te prévient, c’est vraiment une ambiance de merde ici.» Payé 900 francs par mois, il a pu constater que ce n’était pas faux.

Oups, il paraît qu’il faut être positif en 2025, pardon, ce qui n’est pas mon point fort, je l’admets. Alors euh vite, une histoire cool. La mienne! En 1989, au terme d’un concours de plusieurs semaines, j’ai décroché un stage à la Télévision suisse romande. Eh bien j’y suis toujours!