Et si les champignons étaient la clé pour dépolluer nos sols? A Genève, Edaphos Engineering mise sur la mycoremédiation, un procédé naturel qui pourrait révolutionner la gestion des terres contaminées. Fondée en 2018, la société est composée d’une dizaine de personnes, dont des biologistes, des ingénieurs agronomes, des experts en dépollution et des techniciens de laboratoire.

Cette société s’est inspirée des facultés naturelles des champignons pour développer une technologie capable de dégrader certains polluants dans des écosystèmes pauvres en matières organiques. «Nos sols constituent une ressource essentielle et souvent négligée. Nous devons les préserver de manière durable», explique Pierre Anelli, directeur des opérations. 

Un modèle inspiré de la nature

Comment cette technologie fonctionne-t-elle? Dans la nature, les champignons jouent un rôle clé en décomposant les matières organiques complexes grâce à l’action des enzymes. Edaphos Engineering a choisi de reprendre cette propriété pour éliminer les hydrocarbures, les pesticides et d’autres polluants. «Concernant les métaux lourds, les champignons ne les détruisent pas à proprement parler, car ils ne sont pas biodégradables.

En revanche, ils peuvent immobiliser ces métaux dans leur mycélium, limitant ainsi leur dispersion. Ils peuvent aussi les transformer en formes moins toxiques par des réactions chimiques. Pour les polluants organiques tels que les hydrocarbures, solvants et pesticides, les enzymes fongiques, notamment les laccases et peroxydases, sont capables de casser les chaînes moléculaires en sous-produits moins nocifs, voire inoffensifs», poursuit le directeur des opérations.

L’approche choisie par Edaphos Engineering s’inscrit dans une logique de biomimétisme, c’est-à-dire qu’elle s’inspire de processus naturels reproduits dans des conditions industrielles. Concrètement, après avoir analysé la terre d’un site et évalué son degré de contamination, l’entreprise propose d’introduire dans la terre des champignons développés en laboratoire.

Il faut ensuite attendre plusieurs semaines pour obtenir des résultats. «Dans notre secteur d’activité, la gestion des terres polluées repose surtout sur l’excavation et l’enfouissement en décharge. Nous proposons une alternative sur site. Moins coûteuse et moins polluante, elle réduit la logistique, évite l’enfouissement et peut même favoriser la biodiversité.»

Des résultats concrets sur le terrain

Edaphos Engineering a déjà démontré l’efficacité de sa technologie avec plusieurs projets. Lors de la renaturation de l’Aire, une rivière du canton de Genève, l’entreprise a participé à la valorisation de 3000 m³ de matériaux excavés en les transformant en substrat terreux réutilisable. Plus récemment, aux Eaux-Vives, sur le site de l’ancienne gare, la mycoremédiation a permis de traiter des sols contaminés par des hydrocarbures et de l’ammonium.

Ce procédé naturel n’est pas une solution miracle mais il constitue une avancée majeure. Les taux de dépollution dépendent des types de polluants, des concentrations et des conditions locales, mais, selon Pierre Anelli, les premiers résultats sont encourageants. Quant aux coûts, ils dépendent du type de site contaminé et de sa localisation.

«Dans notre région, la gestion des terres polluées peut représenter plusieurs centaines de francs par tonne de terre. Mais dans bien des cas, la mycoremédiation revient moins cher que des solutions de type excavation, incinération ou lavage de sol, car elle se réalise sur place, avec moins de logistique et de coûts de traitement.»

Depuis sa création, la société est sollicitée par différents acteurs: villes, cantons et communes font appel à elle pour la réhabilitation de friches industrielles ou de zones polluées, ainsi que des entreprises privées qui désirent valoriser ou dépolluer leurs terrains. Edaphos Engineering mène actuellement des recherches sur les PFAS, les dioxines et certains métaux lourds pour élargir le spectre des polluants capables d’être traités par des champignons.

A moyen terme, la société prévoit de développer son offre sur d’autres marchés: en Espagne, en Belgique et en Allemagne. L’entreprise reste convaincue que cette technologie représente une alternative prometteuse pour dépolluer les sols.

«Avec l’augmentation des volumes de terres contaminées et les limites des solutions traditionnelles, le recours à des technologies basées sur le biomimétisme semble inévitable. Personne ne souhaite vivre à côté d’un site d’enfouissement de terres polluées», conclut Pierre Anelli.

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