«Je ne suis pas encore schizophrène et j’arrive à concilier toutes mes activités. Elles se marient bien et la mission est semblable: faciliter la vie des gens grâce à la technologie et à l’IA, qui est un fantastique terrain de jeu. Il n’y a pas de miracle, être entrepreneur implique de beaucoup travailler. Mais mes parents, qui étaient agriculteurs à Savagnier (NE), avaient aussi des journées de 6 heures à 23 heures. On n’en faisait pas toute une histoire.

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Pendant mes études, j’ai testé tous les métiers: fermier, maçon, charpentier, la plonge au restaurant du village... Ensuite, lorsque j’étais à HEC, je travaillais au bar de la boîte de nuit du Lausanne Palace. Je n’étais pas toujours frais le vendredi matin en cours, mais j’essayais de gagner de l’argent comme je pouvais. Cette flexibilité m’a énormément appris.

Mon diplôme en poche, je suis parti à la City, à Londres, où je m’occupais des hedge funds, puis à New York, où, à 22 ans, j’ai occupé le rôle d’expert suisse de la Chambre du commerce de l’Etat de New York, pendant la crise des subprimes. De retour en Suisse, UBS m’engage à Zurich dans la banque d’investissement. Une place confortable où je reste cinq ans. A côté, j’en profite pour faire mon certificat d’agriculteur, pour pouvoir reprendre la ferme familiale. Finalement, mes choix m’ont porté ailleurs. Toujours en marge de la banque, j’ai créé mon premier business, Leckeres.ch, un site de vente en ligne de produits du terroir. On faisait les livraisons en camionnette dans la région de Zurich.

Il y a ensuite eu la création d’un studio de spinning à Zoug, où j’habitais. A ce moment, je faisais du triathlon et du duathlon à haut niveau, en équipe de Suisse. J’ai notamment fait une 7e place aux Mondiaux de duathlon. Mes clients au studio étaient des grands patrons vivant à Zoug. Ils étaient tous présents à 5 h 30 pour s’entraîner.

Je développe parallèlement mon intérêt pour la blockchain et reviens à Neuchâtel en 2018 pour finalement y fonder Digit8 Group, une société active dans les smart contracts et la tokenisation d’immobilier. On était une petite équipe et, pour améliorer nos services, j’ai créé des outils d’IA. Très vite, j’ai été pris au jeu, le potentiel était énorme. J’ai cédé mes parts de Digit8 à mon associé pour me lancer totalement dans l’IA avec Talentory, société active dans le recrutement de talents via l’IA, puis fonder l’an dernier Rapid Rise. La start-up développe des solutions IA pour le marketing des PME.

Beaucoup m’ont dit que j’avais été fou de quitter le milieu de la banque d’investissement, où on était les rois. J’avais envie de me mettre en danger, d’apprendre. J’ai toujours été comme ça. La vague de l’IA est gigantesque et je veux la surfer. Dans mes voyages en Asie ou au Brésil, j’ai vu des gens se lancer dans des business sans filet de sécurité. En Suisse, on est béni et on aurait tort de ne pas essayer. Certes, être entrepreneur est un métier difficile et on a 20 raisons par jour pour arrêter, mais on a aussi tout pour réussir.

En fondant l’association AI Swiss, il y a deux ans, avec trois amis, cette dynamique nous a animés. Nous voulons faire tomber les barrières lors de nos soirées Brain2Brain, auxquelles on vient avec son ordinateur et on monte les connaissances du groupe, ensemble, autour d’un verre. En deux ans, nous avons réussi à créer un écosystème autour de l’IA avec 500 personnes en Suisse romande. A la fin de l’année, nous allons fusionner avec KImpact, le pendant alémanique d’AI Swiss, pour couvrir tout le territoire.

L’IA doit être accessible au plus grand nombre. Je suis aussi président des Ateliers Phénix, qui travaillent avec des personnes en réinsertion professionnelle. Si on veut éviter que la fracture sociale ne s’aggrave, il faut inclure ces personnes et la technologie peut aider. Je ne suis pas un humaniste de l’IA, mais je suis convaincu que tout entrepreneur a intérêt à ce que la société aille bien pour performer.»